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La révolte crétoise de 1866 : la dynamique de la revolution qui a inspiré et motivé les Européens

Arkadi

« Pourquoi la Crète s’est-elle révoltée ? Parce que le Dieu l’avait faite le plus beau pays du monde, et les Turcs le plus misérable ; parce qu’elle a des produits et pas de commerce, des villes et pas de chemins, des villages et pas de sentiers, des portes et pas de cales, des rivières et pas de ponts, des enfants et pas d’écoles, des droits et pas de lois, le soleil et pas de lumière.»

Victor Hugo, Lettres ouvertes, 1875.

A partir de mai 1866, Arkadi est officiellement le centre révolutionnaire de la section de Réthymnon, résidence des combattants mais aussi cible de l’administration turque.

Le sacrifice en groupe des défenseurs emprisonnés d’Arkadi a été l’événement le plus important de la longue histoire du monastère et l’a établi comme le symbole sacré de la libération crétoise. En 1992, les Communautés Européennes rendant hommage à la lutte et le sacrifice d’Arcadi ont déclaré le monastère Monument de la Liberté Européenne.

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Victor Hugo, dans ses Lettres Ouvertes du 2 décembre 1866 et du 18 février 1867 décrit le cadre de la révolte : statut discriminatoire des chrétiens, vénalité des juges, arbitraire des fonctionnaires turcs, invention continuelle de taxes, absence d’investissements dans les infrastructures comme dans l’éducation. Cette année-là, en mai, une assemblée crétoise adresse au sultan une déférente pétition (Journal des débats politiques et littéraires, 22 février 1867) demandant le respect des droits individuels et des libertés religieuses que, lors de la conférence de Paris qui a mis fin à la guerre de Crimée, le souverain ottoman a été obligé d’accorder par firman à ses sujets chrétiens (Le Siècle, 4 mai 1856) et dont il a garanti la jouissance aux Crétois à l’issue du soulèvement de 1858.

Elle réclame aussi l’abolition des taxes créées depuis, l’usage de la langue grecque dans la justice et l’administration, la construction d’écoles et d’hôpitaux, la création d’une banque de crédit, la modernisation des ports ou la construction d’un réseau routier digne de ce nom… La réponse se fait attendre jusqu’en juillet : ce sera la repression.

Malgré l’appui de l'opinion occidentale, la révolte est de nouveau écrasée dans le sang : le 8 novembre 1866, les derniers des 300 maquisards qui défendent le monastère d’Arkadi, où sont réfugiés 600 femmes et enfants fuyant les massacres, se font sauter dans la poudrière plutôt que de se rendre, emportant avec eux dans la mort 1500 des 16000 assaillant turcs, et faisant d’Arkadi un des lieux de mémoire majeurs de la Grèce contemporaine.

“Il ne reste plus qu’une sale barricade où est la soute aux poudres, et, dans cette sale, près d’un autel, au centre d’un groupe d’ enfants et de mères, un homme de quatre-vingt ans, un prêtre, l’hégoumène Gabriel, en prière. Dehors, on tue les pères et les maris ; mais ne pas être tués, ce sera la misère de ces femmes et de ces enfants, promis à deux harems. La porte, battue de coups de hache, va céder et tomber. Le veillard prend sur l’autel un cierge, regarde ces enfants et ces femmes, penche le cierge sur la poudre, et les sauve. Une intervention terrible, l’explosion, secourt les vaincus, l’agonie se fait triomphe, et ce couvent héroique, qui a combattu comme une forteresse, meurt comme un volcan.”

Victor Hugo, Lettre ouverte, dans Le Figaro, le 26 février 1867.

La tragédie d’Arkadi est un tournant pour l’opinion mondiale. L’évènement rappelle l’épisode de Missolonghi et de nombreux philhellènes du monde entier se prononcent en faveur de la Crète. Des volontaires serbes, hongrois et italiens arrivent alors en Crète. Gustave Flourens, alors enseignant au Collège de France, s'engage et arrive en Crète à la fin de l'année 1866. Il forme un petit groupe de philocrétois avec trois autres Français, un Anglais, un Américain, un Italien et un Hongrois. Ce groupe publie une brochure sur La question d'Orient et la Renaissance crétoise, contacte les hommes politiques français et organise des conférences en France et à Athènes. Les Crétois le nomment même député à l'assemblée mais son action se heurte au refus des grandes puissances. Son activité a pour principale conséquence de faire perdre son calme à l'ambassadeur de France en Grèce, Arthur de Gobineau qui est rappelé à Paris pour «maladresses diplomatiques».

Missolonghi avait joué un rôle déterminant dans l’essor du premier philhellénisme ; Arkadi drainera vers la Crète une nouvelle génération de philhellènes. Ceux des années 1820 étaient des romantiques qui venaient défendre les fils de Léonidas et de Thémistocle ; ceux qui vont en Crète sont des révolutionnaires qui veulent se battre contre le despotisme.En fin de compte, c'était un acte révolutionnaire qui s'est répandu et a influencé les Européens, donnant un sens rafraichissant à l’idée de la résistance.

Arkadi2

Sources:

https://www.herodote.net/

https://www.retronews.fr

https://theconversation.com/

https://thesis.ekt.gr/ (Fraggakis, Marios (1996, Université de Crète), Étude et évaluation des blessures au crâne des victimes de l'Holocauste du monastère d'Arkadi de Crète – 1866)

The Cretan revolt of 1866: the dynamics of the rev...
 

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Thursday, 21 October 2021

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